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Atlantis Ultima

 

Les Humains 

Mutations |  Elfes |  Farfadets |  Géant |  Humains |  Mystics |  Nains |  Orcs  ]

Histoire Humaine

 

Au XXIIem siècle l’humanité est une notion plus complexe à dégager que lorsque l’homme ne se distinguait que du seul règne animal. Les érudits et les universitaires glosent beaucoup sur cet épineux problème : est ce que les mutants appartiennent à l’humanité ou pas ? Car ils en sont tous issus mais s’en éloignent chaque jour un peu plus.

Il n’apparaît pas que les enjeux de ces discussions soient aussi importants que ceux de la controverse de Valladolid, lorsque Bartolomé de Las Casas luttait vaillamment contre l’inquisition et le cardinal Sepulveda, au seizième siècle, afin de prouver que les indiens avaient une âme au cours d’un débat tronqué par les intérêts économique aussi bien que par l’obscurantisme d’alors.

Cependant, dans la métamorphose généralisée de la société que les mutations génétiques individuelles imposent il semble important de pouvoir mesurer l’impact historique de l’apparition de nouvelles identités géniques issues de la souche purement humaine.

HumainMiraculeusement, et peut être parce que les tensions issues des guerres des religions ont occulté les autres sources de conflits, la cohabitation entre humains et mutants, ainsi que celle des mutants entre eux, est stable sans non plus être harmonieuse. Le regain de spiritualité, le sentiment de devoir être uni en face d’une force qui surpasse celle de ses semblables, ainsi que celui d’avoir échappé à la destruction de la planète même, voire la sensation de fierté que peuvent éprouver les descendants directs de ceux qui ont survécu au cataclysme sont différents facteurs que l’ont peut avancer afin d’expliquer l’absence de haine raciale sans pouvoir apporter de réponse définitivement satisfaisante lorsque l’on évoque une civilisation pour laquelle tous les prétextes étaient bons pour faire la guerre à l’époque historique. Toujours est il qu’un niveau de conscience supérieur à pu être atteint, ou si vous n’acceptez pas une approche verticale du sujet, disons que les perspectives se sont tournées vers d’autres horizons.

Cette absence de haine communautaire (qui n’exclu pas l’animosité ou les ressentiments) permet pour l’instant d’asseoir un sentiment de sécurité quant à l’avenir de son espèce, les humains ne se sentent pas menacés de destruction par les mutants, sans doute parce que de nombreux points communs comme les langages, la forme humanoïde, les cultures et surtout un passé et des racines semblables permettent de jeter des ponts essentiels à une période de l’histoire ou les espèces ne pouvaient supporter aucune forme de solitude après l’immense catastrophe que la terre avait vécue.

 
 

Pourtant il existe une inquiétude que les intellectuels humains commencent à mettre au jour : celle née de la peur de perdre sa propre histoire, et sa propre mythologie. Tout ce qui a construit les hommes dans les périodes préhistoriques et historiques, déjà mis à mal par le cataclysme et l’apparition du Panthéon, ainsi que par les altérations génétiques, risque de disparaître à cause de la nécessité qu’ont les races mutantes à devoir créer leur propre identité. Chacun ne peut se supporter qu’en étant fier de ses particularités, en tous cas de celles que la nature impose, pour les nains cela signifie que la petite taille, la robustesse et la barbe sont autant d’éléments de fierté, alors que l’elfe se vantera de sa sveltesse altière et le farfadet de son agilité, le géant, lui, mettra en avant sa force imposante sa taille et de sa voix de baryton, et l’orc se glorifiera de sa mâchoire prognathe et de ses muscles noueux.

Or pour mieux valoriser ses caractéristiques physiques, et le faire sans violence, toutes les communautés ont besoin d’édifier leurs propres histoires, donc, de mythifier ce dont ils peuvent être fier, de fabriquer des légendes avec les actions de leurs éléments les plus remarquables.

Et ceci va à l’encontre d’une conservation du passé humain, qui pas encore effacé des mémoires, reste tout de même difficile à entretenir, à transmettre, et à mettre en valeur.

 
 

Les humains doivent ils eux aussi fabriquer leur propre mythologie ? Là où les mutants n’ont rien à perdre les humains doivent faire un terrible choix, un dilemme qui établi une autre distinction entre humain et mutant. Ajoutons à cela que trouver une fierté commune à l’humanité dans une Histoire qui se distingue surtout par ses tensions et ses divisions relève de l’ inextricable.

Les discussions sont parfois rudes qui mettent en jeu ces perspectives, certaines autorités humaines argumentent avec des éléments de l’histoire pour faire passer une idée, mais aussi raisonnables soient ils ces arguments ne sont, bien souvent, pas retenus du fait de leur archaïsme présumé, avec un peu de mysticisme la réfutation est facile du fait même de la provenance de l’idée. Et pour asseoir leur autorité certains n’hésitent pas à créer leur propre légende, plus ou moins frauduleusement. La situation semble donc insoutenable pour les partisans de l’histoire. Pourtant un important travail de conservation, de réunification et de divulgation des connaissance est réalisé dans les universités. Ils sont nombreux à ne pas perdre courage, et nul ne sait encore ce qu’il adviendra des vérités historiques.

Un autre combat mettant en relation raison scientifique et passion mystique met l’humain au centre du problème : Pourquoi certains êtres sont immunisés et pas d’autres ?

Certains fanatiques n’hésitent pas à prétendre qu’il s’agit là d’une forme d’élection, et bien entendu ceux là n’ont que faire de l’histoire. Les bonnes relations entre humains et mutants font qu’ils sont peu écoutés, mais le prétexte est bien trouvé pour s’arroger le pouvoir et des groupuscules pourraient bien essayer de renverser les gouvernements Atlantes afin de faire régner l’espèce humaine par le dogme de l’immunité.

Si sur l’île d’Atlantis, devenue le centre du monde, les notions spirituelles de bien et de mal figurent des enjeux plus important que les conflits de raisons comme les débats scientifiques ou les tensions économiques, certains aspects rationnels font partis des débats et des discussions dans les lieux de pouvoir. Dans les trois contrées on retrouve ces problèmes et on en discute de manière différente, dans les trois contrées ces discussions peuvent être prétexte à affirmer son autorité et une vision de sa propre identité. Enfin, dans les trois contrées les lois sont différentes face à cette tentation de s’autoproclamer chantre de la nouvelle vérité.

 

Un Humain parmi d’autres : Orelon

 

Un Homme très simple cet Orelon.

A l’époque il était le seul à braver régulièrement les dangers d’un itinéraire qui conduisait les voyageurs de la tour de glace jusqu’à l’arène d’Atlantis. Il appelait cela « la ballade touristique » et il se faisait payer très cher pour accueillir aventuriers, pèlerins et curieux dans sa carriole. Normal : le quadrillage des militaires qui veillaient à nous protéger des monstres et des criminels était encore très sommaire, et on n’osait que rarement faire les longs trajets en solitaire, les têtes brûlées qui comme Orelon arpentaient presque constamment la surface de l’île se partageaient donc le territoire sans se marcher sur les pieds.

J’avais treize ans et c’était mon premier vrai voyage. J’avais un correspondant d’une école d’Atlantis avec qui j’avais noué une amitié épistolaire et je voulais le rencontrer, mais plus encore je désirais fouler de mes pieds cette verdure qu’il me décrivait dans ses lettres, ainsi que la grande arène qu’il évoquait avec une passion propre à celle de notre âge. J’en avais assez de cette neige qui tombait inlassablement, de cette atmosphère qui nous laissait le choix entre une malsaine humidité qui nous laissait croire que le monde fondait sous nous pour disparaître à jamais ; et une rigidité stérile et inerte, si déprimante. Les morsures du gel ne m’affectaient presque pas, nous y étions tous habitués, mais vivre dans cette blancheur sans tache m’a rendu nerveux à partir du moment où j’ai pris pleinement conscience de cet ailleurs qu’était Atlantis.

Je ne sais pas si mes parents m’auraient permis de partir si je leur avait demandé, comme beaucoup de Farfadets ils étaient tolérants devant ce genre de preuves d’excentricité, mais c’est un risque que je n’ai pas voulu courir, j’ai donc profité de la nuit et de ma petite taille pour me tapir sous une couverture dans le chariot du passeur.

Il m’a découvert trop tard pour me ramener à Mû sans pénaliser les autres voyageurs et il avait trop de scrupules pour m’abandonner. Pour payer (du moins en partie) mon voyage et mes repas j’ai dû m’occuper de la paire de chevaux : les faire manger, les soigner et garder les prédateurs à distance (Orelon m’avait confié un fouet).

Le groupe de voyageurs se composait donc, hormis Orelon et moi, d’un couple d’elfes de Mû qui se rendait à la foire annuelle de la magie, d’un nain en pèlerinage qui devait se baigner dans la fontaine de la crypte pour honorer Cadmaëlle et d’un diplomate mystic en mission pour R’lyeh.

Les voyageurs avaient le choix, il était prévu de se rendre d’abord au téléporteur pour y déposer ceux qui le désiraient. C’est seulement ensuite que nous devions traverser la frontière
Afin de rejoindre l’arène en contournant le fascinant massif Sandao par le nord. Seul le diplomate avait prévu de prendre le téléporteur, mais à cause de lui nous devrions faire un bout de chemin hors de la route.

Le voyage c’était magnifiquement bien passé jusqu’alors. Le voyage touristique promis en somme ! Puis nous avons quitté la route pour conduire le diplomate vers sa destination, et le vent s’est levé à quelques lieues du but.

On n’y voyait plus rien, et ouvrir la bouche était devenu un réel problème, que ce soit pour respirer ou pour parler. Il fallait camper et attendre.

Le mystic trépignait.

Orelon semblait inquiet, il réclamait souvent le silence et la tension montait entre lui et le diplomate car il ne pouvait s’empêcher de geindre et de s’impatienter à propos de son rendez vous : « un traité vital pour nos deux contrées, et voilà que notre avenir est mis en péril par un incapable qui s’arrête lorsque trois flocons se mettent à danser autours de nos têtes ».

_ « Silence !  j’ai des préoccupations bien plus importantes que ces maudites bourrasques ! Mais si vous voulez vous perdre dans cette immensité au milieu des loups mutants, libre à vous ! ».

Les loups mutants, voilà donc ce qui perturbait l’esprit de notre guide.

_ « Vous ne savez pas vous servir d’une boussole !? ; en avançant un peu au jugé on y parviendra bien au téléporteur ! Et vos sales bêtes n’auront pas le temps de nous causer du souci ! »

La femme elfe commençait à gémir.

_ « Et les crevasses ?et les nids de poules ? Si nous cassons une roue, ou si nous restons coincés je vous souhaite bien du courage pour aller à votre rendez-vous sur lequel repose l’existence de l’île toute entière ! (laissez moi rire, il n’y a que des abrutis, des incompétents et des malhonnêtes chez les politicards de votre espèce, et ça se voit d’ailleurs ! Toujours à se croire prioritaire sur les autres, ah j’en ai conduit d’autres que vous des gratte-parchemins ! Je sais de quoi je parle et… »

Les loups mutants sont beaucoup plus rusés (intelligents ?) que les loups ordinaires. Lorsqu’ils se désignent une proie ils ne se mettent pas bêtement à hurler comme si ils amenaient vaniteusement l’enfer avec eux, il arriva bien souvent que les victimes de ces sales canidés difformes ne se rendirent compte du danger qu’une fois la morsure subie.

Nous, nous avons eu la «  chance » d’entendre des grognements, il faut dire que l’intimidation ça a son efficacité aussi.

Ils étaient tout prêt.

Nous étions tous à l’intérieur du chariot mais pour les chevaux…

Il n’y avait rien à faire... Ce fut à la fois très long et très court. Nous étions tous terrorisés maintenant. Surtout l’Elfe, elle était livide, le diplomate essayait de garder un semblant de dignité mais il ne cessait d’interroger notre guide d’un regard effaré. Le nain priait mais n’en menait pas large non plus. Et moi je pleurais, j’étais terrifié par le carnage qui s’était passé à deux pas de nous et accablé par la crainte de ce qui allait advenir.

_ « SORTEZ TOUT CE QUE VOUS POSSEDEZ ! INVENTAIRE RAPIDE !!! »

Tant bien que mal nous déballions nos affaires, Orelon se chargeait de faire le tri. A la vue d’une fiole qui appartenait aux elfes il poussa un cri de triomphe : « c’est bien de la graisse de minotaure ? ».

_ « Oui, je l’ai eue par un chasseur qui… »

_ « Très bien ! Nous sommes peut être sauvés, du moins… Rassemblez tous ce qui est comestible d’un côté et tout le pétrole de l’autre ».

Sur la bouffe il a versé une outre pleine de graisse de porc, les grognements redoublèrent au dehors, se mêlant aux sifflements déjà inquiétants du vent glacé. A côté des bouteilles de pétrole il a disposé 4 pétards avec d’énormes mèches qu’il a sortis d’un coffre en métal.

« VITE ! enduisez vous le corps de graisse minotaure et prenez tous une torche et vos armes si vous en avez !! » Il s’adressa à l’elfe : « Vous connaissez un sort qui enflamme à distance ? Une boule de feu ou un autre truc dans la thématique ? 

_ Euh… Projectile magique ça ira ?

_ C’est précis ?

_ Relativement, en tous cas moi je suis assez doué ! quand j’étais gamin…

_ Le tact des elfes m’impressionnera toujours ! Nous allons mourir et vous me parlez de vos souvenir ! Allons ça ira ! Nous allons sortir du chariot torches en avant, l’odeur de la graisse de mino les tiendra un moment loin de nous, il choisiront très certainement nos victuailles en priorité, quand nous aurons fait quinze mètres vous balancerez le sort sur les bouteilles de pétrole et on se plaquera au sol. Après ça nous périrons sous les crocs de cette engeance, mais on aura fait ce qu’on a pu. Les loups-mutants ont peur des minotaures car ceux-ci ne supportent pas de les voir égorger les vaches, et ils ont un sens très élaboré et très cruel de la vengeance. Mais cela ne suffira que pour un moment, le temps de faire cette diversion, ils sont bien trop nombreux. De toutes façons, ça vaut mieux que de se perdre dans le blizzard et succomber au froid. »

L’assurance du baroudeur avait dissipé nos craintes et raffermi notre détermination, nous étions prêts à faire notre sortie, ma dernière pensée avant de m’extirper du chariot fut pour Lyrielle, qui me prendrait peut être pour un minotaure quand je serai mort.

Orelon est sorti en premier avec une épée. Je le suivais de prêt avec mon fouet. Le nain portait une hache, l’elfe avait les mains nues afin de procéder à son incantation, sa femme avait un petit arc et elle avait glissé quelques flèches courtes derrière ses mollets, dans ses bottines. Nous avions tous une torche, sauf le jeteur de sort, le diplomate en avait deux.

Nous formions tant bien que mal un cercle lumineux et agité qui se déplaçait en droite ligne, nos mouvements désordonnés étaient destinés à intimider les carnivores mutants. Nous gardions comme nous pouvions l’elfe au centre en conservant continuellement un contact physique alors qu’il cherchait à se concentrer tout en se déplaçant, périlleux exercice !

Nous nous sommes arrêtés à une vingtaine de mètres du chariot, nous pouvions à peine le distinguer, autour de celui-ci commençait déjà a se rassembler une meute de quadrupèdes qui semblait glisser comme une ombre. Près de nous, je ne percevais pas de menace immédiate.

« Je crois que c’est le moment. »

Un murmure s’échappa de la gorge de l’elfe, « Alz Adum Kits Nevessss ». Ses mains prirent successivement diverses teintes, et inexplicablement une forme élancée, diffuse et colorée se dessina devant elles. Il fit un mouvement subtil et cette forme fut projetée vers l’amas sombre et trouble que composait dans la neige le chariot avec les bêtes à ses alentours.

«Touché ! » observa le nain. « C’est étrange, cette couleur, d’habitude les sorciers lancent des projectiles plus foncés, vous êtes certain de l’efficacité de votre procédé ? »

« Question d’esthétique, petite touche personnelle… regardez ».

L’elfe avait bien visé : on distinguait une lumière faible qui respirait dans l’obscurité comme la lumière d’une âtre qu’on devinerait derrière la fenêtre d’une chaumière ; ça prenait.

J’avais du mal à garder les yeux ouverts à cause de la neige, mais j’attendais avec inquiétude ce qui allait se passer sans détacher mon regard de ce lieu d’espoir vers lequel convergeait toute l’attention.

Un coup de tonnerre déchira alors la nuit, nous nous sommes instinctivement plaqués au sol malgré notre désir de mesurer l’effet produit. Alors que je relevais la tête un crépitement se fit entendre et un trait de lumière s’éleva vers le ciel en un gondolement incertain. Puis une nuée multicolore transforma la nuit qui semblait témoigner de sa satisfaction en émettant des PAF ! et des BANGS joyeux.

« Une touche personnelle ? vous savez manier les euphémismes l’ami ! ».

Le sarcasme d’Orelon était teinté d’une joie fiévreuse et émerveillée.

« Sympa de nous offrir un feu d’artifice comme oraison funèbre ! L’endroit est un peu sinistre, vous avez raison de vouloir égayer tout ça ! ».

La plaine désolée s’offrait à nous, éclairée maintenant par toutes ces couleurs qui s’y succédaient, les cadavres de loups qui gisaient avaient l’allure de carpettes bigarrées déposées dans un océan de blanc.

L’elfe s’étonna : « Mais… Je n’y suis pour rien, vous nous avez caché quelque chose de votre plan ? ».

« Non, l’ami. Peut être que se sont les dieux qui rigolent de notre triste destinée ? ».

La femme du mage improvisé réussit à placer un mot qui venait briser notre stupéfaction : « Mes pièces d’artifices… Je, j’avais oublier le matériel pyrotechnique qui était dans ma hotte en osier, je l’avais pris pour la foire de la magie… ». Elle semblait confuse.

« Bon ça ne durera pas éternellement, les loups vont se regrouper, il faut se préparer à en finir dignement. N’oubliez pas de profiter de votre dernier spectacle » acheva Orelon.

L’obscurité revînt en effet très vite, plus dense et plus implacable que jamais. Un sentiment de désespoir s’emparait de moi, inexorable, j’avais froid en dedans et au dehors. Mon corps et mon cœur n’étaient plus que du givre. J’étais anéanti, l’ultime fête était terminée, une fête en notre honneur à laquelle les loups allaient jalousement mettre fin.

L’honneur d’achever sa vie en combattant est inestimable : en frappant de mon fouet je reprenais vie, j’oubliais cette condition d’être sans but dans laquelle m’avait plongé cette atmosphère apocalyptique, cette sensation qu’on avait éteint ma lumière pour la toute dernière fois. Claquant dans l’air, mon arme ne faisait pas grand mal mais elle éloignait le danger et me redonnait vie.

L’attaque de ces bêtes sauvage, d’habitude coordonnée, avait été assez erratique, leur appréhension due à notre odeur laissait les plus lâches d’entre eux à l’écart. Nous avons pu résister un bon moment avant qu’ils reprennent leurs habitudes de prédateur. Orelon nous commandait judicieusement, il guettait les attaques avec un œil d’expert, et sous ses ordres notre cercle formait une entité intelligente et collective acharnée et difficile à vaincre.

Mais les loups aussi savaient s’organiser, ils avaient leur propre musique, et nous, nous étions gagnés par la fatigue. L’ambassadeur fut agrippé par une gueules au crocs acérés et traîné au loin. Son cri déchira l’air, un cri de terreur qui en s’éloignant se mua en un mugissement de douleur et de désespoir.

Nous coups pleuvaient dorénavant au hasard, nous secouions nos torches comme nous pouvions en essayant de conserver leur éclairage comme si c’était notre dernier souffle de vie. Cette fois…

« TENEZ BON ! ».

« Quoi ? » Orelon avait à peine soufflé ce mot qu’une nuée de flèches s’abattit dans la mêlée. Des loups furent touchés et poussèrent des gémissements plaintifs de chiens battus. Un râle parvint également à mes oreilles.

« Continuez à bouger pour effrayer les loups mais restez collés au plus près du sol tant que faire se peut ! ».

Mon énergie fut décuplée, je me mis à hurler, les autres firent de même, une autre série de flèche tomba, un loup blessé approcha sa gueule pour venir m’égorger, je ne pourrais pas me dégager assez vite et toute parade serait vaine… Une lumière bleutée me heurta et j’entendis les canines de la bestiole crisser comme sur du métal. J’étais intact ! Je lui plongeais ma torche dans la gueule et il déguerpit.

A côté de moi, le nain était évanoui, il avait une flèche fichée dans l’épaule gauche. Une lumière pareille à celle qui m’avait sauvée baignait son corps.

Seuls Orelon était debout, se chargeant de tenir le danger en respect en attendant nos sauveurs.

« Les loups blancs !! » sourit-il de sa voix rauque, heureusement que nombre d’entre eux patrouille aux alentours de la frontière ! Les tensions entre Atlantis et Mû ont du bon pour nos carcasses cette fois !

Ils étaient resplendissants ces loups blancs, avec leurs peaux de loups immaculées, j’avais toujours eu un peu peur de leurs visages fermés, mais là le soulagement l’emportait de loin…

Un peu ironique quand j’y repense que les frictions entre Mû et Atlantis aient permis à cette patrouille de circuler à proximité, de voir notre feu d’artifice en un lieu si reculé et de trouver que ce n’était pas très naturel. Ironique également que ce soit le diplomate que fut la seule vrai victime de cette aventure (le nain fut très bien soigné et se rétablit assez vite) alors que l’on avait été sauvés indirectement par un conflit larvé.

J’ai entendu dire plus tard qu’Orelon avait malgré tout eu quelques problèmes avec les militaires : il n’avait pas de permis pour faire les aller et retour entre les cités avec des voyageurs, et nous étions donc considérés comme de la marchandise «  illégale ».

Ces loups blancs sont efficaces mais il vous gâcheraient vos plus belles joies pour un rien décidément.

Un homme très simple cet Orelon non ?